Jeudi 4 janvier 2007
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Mots d’Epices - Janvier 2005
Consigne: Ecrire un texte dont Ie début est "Mrs Dalloway dit quelle se chargerait d'acheter des fleurs" (Virginia Woolf), se terminant par "et silence se fit dans Moscou" (ToIstoï) et insérant Ie mot ''naissance''...
Mrs Dalloway dit qu'elle se chargerait d'acheter des fleurs ... Quoi ! Vous ne connaissez pas Mrs Dalloway ?
Mais "Mrs Danoway", enfin ? Non, cela ne vous revient pas ? Vous êtes né sur une autre planète Mister I Bon, voici comment la fin du monde commença ... Non, en fait, il est plus judideux de dire:
voici comment Ie début du monde se termina ...
Mrs Dalloway était mondialement réputée pour ses coups de téléphone. D'ailleurs de là lui venait son nom d'emprunt. En décrochant Ie combiné, it était d'usage de dire en Russie "da", en France "allo", et en Chine "wei"... Da - allo - wei ... Dallowei... Mrs Dalloway !
Mrs Dalloway était une dame chinoise fort respectable. Dans son village de montagne, à plusieurs jours de marche de Lanzhou, elle avait hérité à la naissance d'un don, développé et transmis de générations en générations dans Ies hauteurs horticoles. Quan Lin etait une jeune fille du village, fraiche comme I'onde mais dont les péripéties de la vie avaient rendu I'âme dure comme Ie galet. Les hommes du village ne pouvaient rester insensibles à la lumière de son regard, mais à chaque fois qu'ils souhaitaient voir plus loin, elle se barricadait dans Ia pierre de son coeur, à l'abri de toute émotion. Yuling Liu, que nous connaissons tous aujourd'hui sous Ie nom international de Mrs Dalloway, regardait avec tristesse ces scènes quotidiennes du haut de ses jardins. Ainsi, un jour, elle décida de lui apporter quotidiennement une fleur, différente à chaque fois. Elle espérait au fond de son âme que Quan Lin retrouverait un peu de douceur puisée dans la belle diversité de la nature. Elle lui offrit donc tous les matins une fleur en rosée dont les pétales s'ouvraient avec la chaleur du soleil. Quan Lin en était ravie, mais aucune fleur ne lui arrivait jusqu'au coeur. Jusqu'au jour où Yuling Liu lui offrit une rose rouge. Quan Lin, toujours aussi ravie, ne fit pas attention et se piqua avec les épines. Son sang perla sur I'herbe, alors que la rose se répandait en elle dans une douleur lancinante. Quand Ie coeur fut atteint, il n'y resista pas et hurla. Quan Lin cria. En regardant les rouges pétales de la rose elle crut que son sang s'y déversait. Quan Lin était aussi belle que la fleur, qui I'avait touchée et fait renaitre ses sens. Le lendemain, sur les conseils de Yuling Liu, un homme du village entra chez Quan Lin les bras remplis de roses rouges. Quan Lin n'y résista pas, son coeur ouvrit ses pétales dans I'éternité du silence de I'instant et accueillit cet homme dont elle tomba amoureuse.
- Bon, Christophe, elle est bien belle ton histoire, mais queI rapport avec Ie téléphone, avec Moscou, avec Mrs Dalloway? Et puis, tu n'essaierais pas de nous faire croire qu'offrir des roses rouges à une jeune fille lui fait chavirer Ie coeur ... Non, ça se saurait ! Et comment veux-tu, dans notre monde actuel, nous faire gober qu'on peut encore toucher quelqu'un avec des sentiments? Les gens ne se parlent plus, flattent leur ego, et fuient à la moindre parcelle d'authenticité. Non, la seule chose que je crois dans ton histoire, c'est qu'il leur reste à tous ce galet dans Ie coeur...
- Eh, le rabat-joie, c'est mon histoire I Alors, avant de critiquer avec la grisaille de ton âme, écoutes-en d'abord la fin, je t'annonce la naissance de la couleur !
Yuling Liu était contente, du haut de ses jardins, elle avait trouvé sa vocation. Elle voyagea de villages en villages, et fit se ravager bien des coeurs avec ses roses rouges. Puis elle arriva à la grande ville de Lanzhou. La tâche se fit alors plus ardue, car les coeurs y étaient beaucoup plus nombreux. Au départ. elle essaya de transmettre son don à d'autres femmes pour qu'elles puissent l'aider, mais rien n'y faisait. Elle devait s'atteler seule a sa tâche. Elle maria bien une centaine de jeunes filles en fleurs, mais Ie temps passait et elle n'aurait jamais fini avant de se fâner. Cependant, même si on la critique dant la distance qu'elle met entre les gens, la civilisation a eu Ie mérite d'inventer un outil de communication qui les rapproche. Quand Yuling Liu découvrit Ie téléphone, elle sut qu'elle avait trouvé! Depuis, elle voyage à travers Ie monde pour réchauffer les âmes.
Mrs Dalloway s'ennuyait dans ce diner moscovite. Oh, de ça elle avait l'habitude, des bla-bla-bla sans queue ni tête, des je-me-montre, des salamalecs hypocrites. Pourtant. ce jour n'était pas comme les autres. II serait son dernier, en ce dernier lieu surpeuplé, froid et retiré. On parlait d'organiser une fête gigantesque en l'honneur de la naissance du nouveau tsar Nicolas XXIII. Mrs Dalloway dit qu'elle se chargerait d'acheter les fleurs. Elle fit preuve de tout son art au téléphone, et les tonnes de ces roses rouges qu'elle commanda arrivèrent à I'heure dite. Au baptême de l'enfant de notre nouveau monde, elle fit tomber du ciel des milliards de pétales de roses rouges sur Ie galet des derniers hommes gris en ce monde. Les coeurs ouvrirent leurs pétales dans I'éternité du silence de I'instant et accueillirent leurs voisins et voisines pour en tomber amoureux. Alors que Mrs Dalloway fânait dans Ie bonheur planétaire, comme partout ailleurs désormais dans Ie monde, Ie silence se fit dans Moscou.
Mrs Dalloway était mondialement réputée pour ses coups de téléphone. D'ailleurs de là lui venait son nom d'emprunt. En décrochant Ie combiné, it était d'usage de dire en Russie "da", en France "allo", et en Chine "wei"... Da - allo - wei ... Dallowei... Mrs Dalloway !
Mrs Dalloway était une dame chinoise fort respectable. Dans son village de montagne, à plusieurs jours de marche de Lanzhou, elle avait hérité à la naissance d'un don, développé et transmis de générations en générations dans Ies hauteurs horticoles. Quan Lin etait une jeune fille du village, fraiche comme I'onde mais dont les péripéties de la vie avaient rendu I'âme dure comme Ie galet. Les hommes du village ne pouvaient rester insensibles à la lumière de son regard, mais à chaque fois qu'ils souhaitaient voir plus loin, elle se barricadait dans Ia pierre de son coeur, à l'abri de toute émotion. Yuling Liu, que nous connaissons tous aujourd'hui sous Ie nom international de Mrs Dalloway, regardait avec tristesse ces scènes quotidiennes du haut de ses jardins. Ainsi, un jour, elle décida de lui apporter quotidiennement une fleur, différente à chaque fois. Elle espérait au fond de son âme que Quan Lin retrouverait un peu de douceur puisée dans la belle diversité de la nature. Elle lui offrit donc tous les matins une fleur en rosée dont les pétales s'ouvraient avec la chaleur du soleil. Quan Lin en était ravie, mais aucune fleur ne lui arrivait jusqu'au coeur. Jusqu'au jour où Yuling Liu lui offrit une rose rouge. Quan Lin, toujours aussi ravie, ne fit pas attention et se piqua avec les épines. Son sang perla sur I'herbe, alors que la rose se répandait en elle dans une douleur lancinante. Quand Ie coeur fut atteint, il n'y resista pas et hurla. Quan Lin cria. En regardant les rouges pétales de la rose elle crut que son sang s'y déversait. Quan Lin était aussi belle que la fleur, qui I'avait touchée et fait renaitre ses sens. Le lendemain, sur les conseils de Yuling Liu, un homme du village entra chez Quan Lin les bras remplis de roses rouges. Quan Lin n'y résista pas, son coeur ouvrit ses pétales dans I'éternité du silence de I'instant et accueillit cet homme dont elle tomba amoureuse.
- Bon, Christophe, elle est bien belle ton histoire, mais queI rapport avec Ie téléphone, avec Moscou, avec Mrs Dalloway? Et puis, tu n'essaierais pas de nous faire croire qu'offrir des roses rouges à une jeune fille lui fait chavirer Ie coeur ... Non, ça se saurait ! Et comment veux-tu, dans notre monde actuel, nous faire gober qu'on peut encore toucher quelqu'un avec des sentiments? Les gens ne se parlent plus, flattent leur ego, et fuient à la moindre parcelle d'authenticité. Non, la seule chose que je crois dans ton histoire, c'est qu'il leur reste à tous ce galet dans Ie coeur...
- Eh, le rabat-joie, c'est mon histoire I Alors, avant de critiquer avec la grisaille de ton âme, écoutes-en d'abord la fin, je t'annonce la naissance de la couleur !
Yuling Liu était contente, du haut de ses jardins, elle avait trouvé sa vocation. Elle voyagea de villages en villages, et fit se ravager bien des coeurs avec ses roses rouges. Puis elle arriva à la grande ville de Lanzhou. La tâche se fit alors plus ardue, car les coeurs y étaient beaucoup plus nombreux. Au départ. elle essaya de transmettre son don à d'autres femmes pour qu'elles puissent l'aider, mais rien n'y faisait. Elle devait s'atteler seule a sa tâche. Elle maria bien une centaine de jeunes filles en fleurs, mais Ie temps passait et elle n'aurait jamais fini avant de se fâner. Cependant, même si on la critique dant la distance qu'elle met entre les gens, la civilisation a eu Ie mérite d'inventer un outil de communication qui les rapproche. Quand Yuling Liu découvrit Ie téléphone, elle sut qu'elle avait trouvé! Depuis, elle voyage à travers Ie monde pour réchauffer les âmes.
Mrs Dalloway s'ennuyait dans ce diner moscovite. Oh, de ça elle avait l'habitude, des bla-bla-bla sans queue ni tête, des je-me-montre, des salamalecs hypocrites. Pourtant. ce jour n'était pas comme les autres. II serait son dernier, en ce dernier lieu surpeuplé, froid et retiré. On parlait d'organiser une fête gigantesque en l'honneur de la naissance du nouveau tsar Nicolas XXIII. Mrs Dalloway dit qu'elle se chargerait d'acheter les fleurs. Elle fit preuve de tout son art au téléphone, et les tonnes de ces roses rouges qu'elle commanda arrivèrent à I'heure dite. Au baptême de l'enfant de notre nouveau monde, elle fit tomber du ciel des milliards de pétales de roses rouges sur Ie galet des derniers hommes gris en ce monde. Les coeurs ouvrirent leurs pétales dans I'éternité du silence de I'instant et accueillirent leurs voisins et voisines pour en tomber amoureux. Alors que Mrs Dalloway fânait dans Ie bonheur planétaire, comme partout ailleurs désormais dans Ie monde, Ie silence se fit dans Moscou.