Dimanche 25 octobre 2009 7 25 /10 /Oct /2009 10:23

Le changement se reflète perpétuellement dans les saisons ; il rythme notre vie, comme autant d’occasion de mourir et de renaître à soi-même : la vie d’une feuille d’un hêtre est exemplaire dans le lâcher prise quand arrive l’automne. Le réel changement est quelque chose qui s’observe après coup, il n’est pas décidé : la feuille ne choisit pas de tomber à l’automne, elle tombe, et le changement s’observe. Habituellement le mot « changer » est utilisé dans l’action : changer de téléphone, de coiffeur etc. ; cela n’est pas le réel changement, c’est le fruit d’un effort et dans cet exemple c’est un arrangement avec la vie.

 

Lorsque je change pour me retirer temporairement d’un inconfort ou pseudo-inconfort, je vais le retrouver plus tard, car j’ai choisi de changer et je me suis opposé à ce qui est ; ça n’a eut que l’effet de retarder le réel changement. Ainsi, je passe beaucoup de temps à fuir avec cette illusion du changement. Changer réellement suppose avoir fait un pas vers l’inconnu, mais je ne fais pas ce pas pour changer, mais parce que je me sens appelé à faire ce pas : la feuille de l’hêtre n’a jamais fais le voyage du détachement, ni du vol, ni de l’atterrissage, et cela arrive à un moment donné ! Elle y va sans réticence, elle connait le fonctionnement des cycles, elle ne va pas négocier son départ, elle le fait. Il ne s’agit pas non plus de décider de changer, la feuille ne fait pas ce choix, elle est ; sinon cela implique un effort. Le changement est quelque chose qui arrive quand j’accepte ce qui est (ici la nature d’une feuille de suivre son cycle).

 

Les forces agissantes en moi mettent en scène tout un scénario pour que j’expérimente la prochaine facette de qui je suis. Vais-je à présent choisir, non de fuir la situation, mais de la vivre, de la respirer, le l’accepter complètement ? Dans ce cas j’ai répondu au scénario de départ. Là, je peux faire un nouveau choix vers l’inconnu. Être en couple ou vivre au quotidien avec ses enfants nous rend difficile la possibilité de fuir, ils sont là tous les jours. Cette situation propose un tremplin d’évolution personnel, alors vivez la pleinement.

 

Quand je me rends compte que résister ou fuir ne me convient plus, je me retire de ce jeu, je ne mets donc plus d’énergie dans mes fonctionnements répétitifs et automatiques. Par exemple, je renonce à soigner ou rafistoler ma feuille pour qu’elle tienne à l’arbre ; ça n’a aucun sens pour elle. Quelle étape va suivre ? De ressentir le vide, comme la feuille qui tombe : mes repères ne sont plus les mêmes et la confusion pointe le bout de son nez si je m’y accroche. Je peux choisir de réagir à cette situation pendant longtemps ou accepter ce vide et attendre l’atterrissage. Plus je suis monté haut dans l’arbre à la sueur de mon front pour avoir un statut social, et plus j’ai joué de nombreux rôles, plus le vol dans le vide sera long. Une fois la feuille à terre, je me rends compte que je ne suis pas la feuille… mais l’arbre tout entier comme un bel hêtre solide ; et ma conscience de moi change. Je peux aller jusqu’à choisir de ressentir le vol dans le vide comme étant une expérience agréable.

 

Ce temps de transition avec l’automne, où il m’est proposé de me dénuder, est l’occasion d’un accueil bienveillant avec moi-même : regarder ses blessures sans jugement, accueillir ses peurs avec douceur (pourquoi me faire violence en m’opposant ?), regarder les rôles que j’ai joué et laisser aller leurs manteaux (la terre n’attend que cela : recevoir ces feuilles pour bâtir son propre manteau d’un futur terreau ; la terre connaît les cycles). Quand un réel changement a eut lieu : un nouvel espace existe avec la création de quelque chose de nouveau. C’est donc aussi le moment de faire du vide dans vos maisons (grenier, cave etc.) pour ensuite créer du neuf !

 

C’est une invitation à aimer ; chaque changement qui est le fruit de l’acceptation amène à l’amour de soi. Vous pouvez lâcher prise aux feuilles qui ont joué leur rôle cette année ; ne vous identifiez pas à elles, remerciez-les. Laissez aller le passé ; il laissera place à de nouvelles capacités, de nouveaux talents, ou de nouvelles leçons à apprendre. Quand le vent souffle fort, laissez les feuilles de la peur s’en aller, au lieu de vous y accrocher, laissez aller, vivez l’acceptation du cycle ; observez ce qui reste et qui ne bouge pas quand la tempête vient vous visiter. Votre hêtre s’éclaircit, votre Être apparaît. J’inspire, j’expire, je Laisse Agir, et voici mon Être en Devenir.

 

L’acceptation crée un nouveau mouvement, crée une ouverture vers l’inconnu, là le changement arrive, non pas parce que j’ai décidé de changer, juste parce que j’ai choisi d’être.

 

Cette saison est également le temps de la récolte, alors voici une autre inspiration !

 

Imaginez-vous autour d’une mare qui contient plusieurs petits bateaux que vous tenez par des fils ou que vous télécommandez. Tout à commencé un jour, où en tant qu’enfant, un éducateur, un parent nous a montré puis donné un bateau, en disant : voilà ce que l’on attend de ce que tu en fasses : les choses fonctionnent comme ça, moi je veux que tu fasses ça etc. projetant ainsi ses attentes sur quoi faire, comment faire etc. Cela nous a fascinés au début : quelqu’un s’est intéressé à moi, m’a montré ce qu’est la vie de cette mare, et ce qu’il en attend. En répondant sans condition à la demande de l’autre, me voilà avec une nouvelle préoccupation. Cela me permet de comprendre pleins de choses, au point où j’y mets toute mon énergie pour faire au mieux, car à chaque fois que quelqu’un me donne des conseils sur le comment gérer mon bateau, je me sens reconnu et aimé !

 

Puis arrive des moments où la mare est moins calme, où le climat est plus agité. Décidément, le vent a souvent un rôle dans les histoires ! Chacun tient plus fermement le fil de son bateau ; parfois les fils s’entremêlent entre eux, créant des nœuds ; je tire plus fort, je veux contrôler tout cela et je ne veux pas que l’on touche à mon bateau (mon image de moi).

 

Lors de ces crises, on me chuchote à l’oreille qu’il existe des bateaux plus performants qui n’ont plus besoin de fil, qui peuvent être télécommandés ; cela évite ainsi de rentrer en relation avec l’autre et cela évite les nœuds. De plus en plus de personnes adoptent de perfectionner leur bateau et se laissent convaincre d’acheter des nouveaux équipements, de prendre un système télécommandé et un moteur, dont il faudra acheter le carburant. Les voiles ne sont plus nécessaires, car dépendre des humeurs de la nature c’est le passé ça. Ainsi chacun regarde son bateau, écoute scrupuleusement la voix qui lui chuchotait des conseils, jusqu’à s’approprier progressivement complètement cette voix. Toute l’intention est portée à regarder cette mare et son bateau, j’en oublie les autres conducteurs qui contrôlent leurs bateaux.

 

Puis soudain arrive un vent plus fort encore, la mare devient agitée, de plus en plus agitée ; certains bateaux vont chavirer, d’autres vont couler. Pour certains ce sera douloureux de voir son bateau ainsi chavirer, tellement ils en ont pris soin, l’ont perfectionné pendant toutes ces années. Beaucoup de colère, de peur, de tristesse émergent pendant que le bateau submerge, comme le sentiment de se sentir démuni. Une sensation de vide se présente (ça vous rappelle quelque chose ?).

 

Certains se diront : et si j’en étais resté à la version fil, j’aurai pu le ramener vers moi et en prendre soin ; ils vivront avec ce regret. D’autres rempliront ce vide et se diront : j’ai une assurance, on va m’en redonner un autre ; l’assureur proposera même pour éviter les soucis une prise en charge plus grande : nous on sait gérer les crises, laisser nous les commandes et nous prendrons soin de votre bateau, il passera un contrôle régulièrement, nous lui donnerons le meilleur carburant etc. ; il vous restera juste à regarder tout cela se dérouler, comme dans un écran de télévision (regardant ainsi la vie que l’on veut vous montrer, sans effort). D’autres encore ne prendront plus le risque de remettre leur bateau de rechange au large ; leur bateau va ainsi s’isoler des autres bateaux, restant au port, un peu plus en retrait de cette vie sociale, se renfermant sur eux-mêmes.

 

Et d’autres, écouteront le vide en eux-mêmes laissé par cette perte. Et là qu’est-ce qu’il reste ? Non pas l’arbre nu ! Moi, l’être qui était aux commandes, et peut-être quand j’aurai fait le deuil de cette identification au bateau, je lèverai mes yeux, et je verrai tout ces êtres autour de la mare. Mes yeux s’ouvrent à une toute autre réalité. Avant, j’étais tellement capté par mon bateau afin qu’il soit le plus beau, le plus performant, le plus, le plus, que j’en avais complètement oublié ceux qui les téléguidaient.

 

Ainsi je me rends compte que je jouais un jeu, que je n’étais pas dans la vie, j’étais dans la forme ; une forme qui ne me dit pas qui je suis, mais qui était le fruit d’un conditionnement, d’attentes extérieures. Je m’ouvre à mon être. Je me sens perdu car je n’ai pas appris à rentrer en communication avec l’autre de cette manière. J’en ai même oublié que j’existais, et que l’autre existait, tellement j’étais happé par mon bateau.

 

Le réel changement ce n’est pas de changer des équipements dans son bateau ou côtoyer d’autres bateaux qui ont mon standing, c’est renoncer à cela pour s’ouvrir à la vraie relation, avec moi-même, avec l’autre. Là je suis sans filet, je n’ai plus rien à contrôler, à montrer, à chercher. Je contacte le Je Suis, je contacte une présence en moi. Je découvre l’autre. Je retrouve mon regard neuf. La relation authentique peut émerger.

 

Donc que faites-vous quand vous ressentez la peur, le vide ? Vous vous agitez pour le remplir et le remplir à tout prix en cherchant des solutions ? Vous vous en remettez encore davantage à l’autre pour qu’il prenne en main ma santé, ma vie ? Ou vous vous détachez de ce grand jeu, et avancez vers vous-même, puis vers l’autre ?

 

Peut être que j’ai besoin de mourir à moi-même plusieurs fois pour m’ouvrir à ce lâcher prise. Mais suite à cette première mort, j’aurai toujours le souvenir en moi-même de ce contact avec qui je suis. Et même si ma difficulté à regarder et accueillir mes blessures m’amène à les mettre à nouveau loin de moi, en mettant en place un nouveau bateau, l’être en moi qui s’est senti regardé continuera à tout mettre en œuvre pour renouer ce contact. Je ne pourrai plus faire comme avant, je ne pourrai plus poursuivre certaines activités, m’exprimer comme avant, nourrir certaines relations, répéter les mêmes actes, etc. Quand un vrai changement s’est effectué, je ne peux plus revenir en arrière.

 

Repérez les moments de votre vie où vous êtes en mode automatique, et pensez au bateau. Qui tient les rênes ? Où mettez vous le pouvoir de choisir à ce moment là ? Quelle conscience avez-vous de ce qui se joue en vous ?

 

Être conditionné rend tout conditionnel,

Les relations, l’amour, tout ça n’est plus réel,

Je peux retrouver la liberté pour un amour plus fraternel.

Découvrir l’inconnu, une sensation d’éternel.

Un cœur à cœur vous est proposé,

De sortir de votre moi conditionné,

De vous écouter, vous positionner, vous affirmer,

Sur ce chemin de la liberté, osez, créez !

Et votre vie va changer !

Non parce que je l’aurai décidé,

Parce que je me serai aimé.

 

 

Christophe MEIGNEN

 

Par Kitou - Publié dans : textes d'autres
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